Le Buffet de style Louis XIV

Cavaillé-Coll le considérait de Style Louis XIV ou Louis XV selon ses devis. Le facteur Robert Chauvin, qui a restauré l'instrument en 1990, l'estimait de la seconde moitié du XVIIIème siècle. L’organiste et musicologue Norbert Dufourcq l'a précisément daté de 1780*. Il a donc été sculpté au début du règne de Louis XVI mais dans un style "ancien" pour l'époque : le style Louis XIV ou Louis XV.

Nous ne connaissons pas l'origine de ce buffet Louis XIV, ni l'église dans lequel ils se trouvait. Cavaillé-Coll l'a-t-il récupéré lors de l'installation d'un nouvel instrument dans un buffet neuf ? Ce buffet a également pu être vendu comme Bien National au moment de la Révolution puis passer de mains en mains pour être enfin racheté par Cavaillé-Coll.

Nous savons en revanche que ce buffet avait déjà été proposé sans succès par Vincent Cavaillé-Coll, le frère aîné d'Aristide, pour les Carmes d'Avignon (aujourd'hui paroisse Saint-Symphorien) puis à Saint-Joseph de Marseille en 1867.




Aquarelle du buffet proposé à Saint-Joseph de Marseille, extrait du livre "L'Orgue dans la ville" de Jean-Robert Cain et Robert Martin.



Aristide l'avait ensuite proposé pour l'église Notre-Dame d' Epernay en Mai 1868**. Mais le style de cette église et les moyens financiers très importants dont disposait son Conseil de Fabrique ont conduit à la construction d'un nouveau buffet.

Cavaillé-Coll conservait donc son buffet Louis XIV dans ses ateliers de l'Avenue du Maine à Paris où l'orgue était monté et pouvait donc être joué ou entendu. C'est pourquoi il a pu le proposer fin 1869 au Conseil de Fabrique de l'église de Bagnères-de-Luchon dont le budget ne permettait pas l'achat d'un orgue important auquel se serait ajouté la construction d'un buffet neuf.




Dessin du buffet de style Louis XIV,
annexé au devis n°2 du 23 mai 1868 destiné à l'église d'Epernay.



Dessin aquarellé du buffet de style Louis XIV par Vincent Cavaillé-Coll
Document provenant de l'ancienne collection Boëllmann-Gigout, 89770 Chailley




Le buffet est divisé entre un grand corps et un positif. Il présente un ensemble de 75 tuyaux de façade disposés sur des tourelles et des plates-faces.

Le grand corps comporte 45 tuyaux en façade répartis sur cinq tourelles et quatre plates-faces.




Des pots à feu ornent les sommets des tourelles extrêmes et de la centrale. Les deux autres tourelles sont couronnées de statues d’anges musiciens.


L'ange à la viole de gambe.


L'ange à la trompette






Le buffet du Positif présente 35 tuyaux de façade répartis sur trois tourelles et deux plates-faces.


Pot de fleurs et pot-à-feu au dessus du buffet.



Le soubassement du grand orgue est fait de panneaux moulurés avec quelques frises de feuillage dans les parties supérieures.
Les culs-de-lampe des tourelles sont décorés de feuilles.

(*) Norbert Dufourcq, "Le livre de l'orgue français 1589-1789. Tome II : Le buffet", note page 249 (1969).
(** ) Jean-François Baudon, "Orgues en Champagne-Ardenne. Tome 3 : Marne", (1993).

Nous remercions M. Jean-François Baudon pour la copie complète du devis du 23 mai 1868.